Locus Solus




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Le vent

Un jour où je marchai seule,
un jour sur une route,
un jour n’espérant rien,
ni de l’amant,
ni de l’ami
aux yeux absents,
aux yeux ternis
qui n’avaient pas su voir
l’édifice penché de mon corps,
je rencontrai le vent,
mon meilleur adversaire.
Il vint à moi par plaques nerveuses
déplaçant la lumière
de ses bonds,
l’écoulant
en spirale,
la dérangeant,
frottant le gris
lavant le ciel
de ses excès,
alors,
il me toucha d’un lambeau suspendu,
d’un souffle froid de graminées,
et il lécha mes plaies
de sa langue rugueuse,
avec application,
avec l’amour entier d’un animal
pour son maître,
mais il y mit du sel,
ingrédient nécessaire,
avant de mordre,
mordre,
de toute la froidure de ses gencives,
jusqu’à l’insupportable
excès
de mes paupières closes
de peur que ne s’échappe,
l’aveu de mon silence
comme un cri.
Alors, moi aussi je me mis à courir,
nous courions tous les deux,
moi comme une tempête, une furie, une enragée,
lui surpris, seulement cruel,
irrégulier,
frottant savamment mes oreilles
de ses malédictions bénignes,
de ses imprécations de vagues,
j’entendais par moment les dunes gémir
et des pans de falaise plier.
Le vent m’aime, le vent m’aime, pensais-je alors,
tandis qu’il tordait mes cheveux comme des serpents,
je laissais mes cheveux aller.
Mes cheveux sont libres d’aller avec le vent,
Mais ils doivent me suivre tandis qu’à grandes enjambées je rejoins mon logis,
tandis que je cours, tandis que je déraisonne cherchant l’abri,
la chaleur, la porte qui se ferme.
Au vent je suis infidèle, mais le vent m’est toujours fidèle.
Il veut m’atteindre, il veut mes larmes,
Il me pousse, me pousse, il me connaît,
Il sait qu’en dessous je suis meilleure,
Il doit cogner que la plaie s’ouvre,
Il doit frotter comme un archet,
que la musique soit, dit ce musicien..
Alors il cherche à m’attraper,
ma chair résiste, il veut plus haut,
Il attend.
il attend dans la cheminée.

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