{"id":79,"date":"2021-01-06T12:15:07","date_gmt":"2021-01-06T11:15:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.locus-solus.org\/?page_id=79"},"modified":"2021-01-06T12:33:16","modified_gmt":"2021-01-06T11:33:16","slug":"recueil","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.locus-solus.org\/index.php\/recueil\/","title":{"rendered":"Recueil"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Sous le ciel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"679\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Receuil_couv_480.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-80\" srcset=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Receuil_couv_480.jpg 679w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Receuil_couv_480-300x212.jpg 300w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Receuil_couv_480-600x424.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 679px) 100vw, 679px\" \/><figcaption>En couverture, une peinture d&rsquo;<a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"http:\/\/www.garnier-audebourg.org\/\" target=\"_blank\">Eric Garnier-Audebourg<\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">C\u2019\u00e9tait un temps resserr\u00e9,\nun temps lourd et opaque,\nles po\u00e8mes attendaient,\nmorts de faim,\nrespirant \u00e0 peine\u00a0\nsous l\u2019usure des jours,\nils attendaient que l\u2019esclave se r\u00e9veille,\nle doux r\u00eaveur\nmais il n\u2019y avait qu\u2019un \u00eatre \u00e9puis\u00e9,\naccoud\u00e9 \u00e0 sa table,\nincapable de penser,\nqui ressentait, ressentait,\ntoute la m\u00e9lancolie des fleuves,\net qui ne disait plus de po\u00e8mes qu\u2019en souriant,\nd\u2019un clignement de l\u2019 oeil,\nqui renvoyait \u00e0 la vieillesse,\n\u00e0 l\u2019enfance,\nau cercueil qui enfin se referme,\no\u00f9 tout est calme,\no\u00f9 les fleurs au jardin sont fra\u00eeches\ncomme un coup de cymbales,\n\u00e0 pr\u00e9sent il fallait lire les rides comme un alphabet pr\u00e9cieux,\net rien n\u2019\u00e9tait idiot comme tant de gens pouvaient le croire ;\nparfois le diseur prenait doucement des mots dans sa bouche\ncomme s\u2019il avait fait rouler des perles,\nil crachait ses petits oracles,\nil m\u00e2chait, m\u00e2chait son herbe verte,\nivre comme un \u00e2ne,\net les po\u00e8mes revenaient,\nlav\u00e9s de la fatigue et de l\u2019oubli,\nils reprenaient leur place dans son gosier,\nmais il connaissait leur jeu d\u00e9risoire,\nil pouvait braire ou pleurer \u00e0 la place,\nou chercher,\nchercher encore \u00e0 les ramener plus pr\u00e8s des larmes.\n<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Sur le pont disloqu\u00e9 des nuages\nun homme me parle,\nsa voix sonore est celle d\u2019un p\u00eacheur,\nla fin de ses mots s\u2019installe dans les assauts du vent.\no\u00f9 vas-tu, me dit-il, o\u00f9 vas-tu ?\nsa parole appuy\u00e9e sur la tempe du ciel.\n\nJe veux r\u00e9pondre\nmais une douleur us\u00e9e m'\u00e9touffe\nje veux r\u00e9pondre\nmais une vague rapide rince mes yeux.\n\nEt je vois dispara\u00eetre dans la plaie d\u2019un oracle,\ndans sa b\u00e9ance bleue,\nune longue caravelle de brume en ses voiles,\nqui transportait mes doutes et que je vois sombrer.\n\nAlors dans ce pays o\u00f9 marchent les colombes,\nje cherche un coin ti\u00e8de,\nl\u2019aisselle blonde d\u2019une place,\nla fine poussi\u00e8re,\ncomme un encens\npour me recueillir,\nimmobile,\ndans le carrousel,\nle grand tourbillon,\ndu pollen et de la lumi\u00e8re.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Une main sur le rideau l\u00e9ger\nquelqu\u2019un guette le ciel depuis si longtemps.\nUn jour sa main sera transparente\nLes nuages passeront au-dessus.\n\nTir\u00e9 par les cheveux de sa m\u00e9moire\nIl aura d\u00e9j\u00e0 tant voyag\u00e9\ntant d\u00e9riv\u00e9,\nsommeill\u00e9 dans le feu et dans la nacre,\nembras\u00e9, et puis refroidi,\nglissant comme d\u2019autres,\ndans les paysages de l\u2019entre deux,\ndans les brouillards incertains,\nsi n\u00e9cessaires aux \u00e9closions de l\u2019esprit,\n\u00e0 sa lente, tra\u00eenante volont\u00e9,\nsourde \u00e0 l\u2019archet de son regard\nvibrant dans les flux de l\u2019azur,\u00a0\u00a0\net qui faisait jaillir tant de sons accord\u00e9s,\ngouttelettes roses qui filaient\n\n\ncomme une pluie d\u2019\u00e9t\u00e9\ndans sa gorge ensabl\u00e9e de r\u00eaveur\ndont la soif toujours le devan\u00e7ait.\n\nIl aura ouvert et ferm\u00e9 sa fen\u00eatre\n\u00e0 tant de lunes,\n\u00e0 tant de lunes aux cuisses velout\u00e9es\nqui enjambaient sa crois\u00e9e\net l\u2019emportaient loin de sa chambre\naux angles effac\u00e9s.\n\nEt le soleil aura tourn\u00e9\nlui aussi,\net mordu sa peau\nen suivant son cruel protocole,\nle m\u00eame que pour ses p\u00e8res\nconnaissant de m\u00e9moire son visage\net les plis de son corps.\n\nEt il aura tellement baign\u00e9 les aubes\nde ses yeux,\nles lavant,\ns\u2019y lavant,\navec le pain de la douceur,\naccroch\u00e9 \u00e0 cette toile\ndepuis les pr\u00e9sages du soir,\ncomme l\u2019Amant aux voiles de l\u2019Aim\u00e9e.\n\nEt franchi malgr\u00e9 tant de livres,\n(les murailles dress\u00e9es de ses livres)\ntous les dangers des cr\u00e9puscules,\ntoutes ces flamboyances d\u2019agonie\nqui le ramenaient \u00e0 lui-m\u00eame,\nque son enfance finalement,\naura surv\u00e9cu\u00a0\ndans le faible bruissement de ses paupi\u00e8res<\/pre>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/KIF_7622_640_2_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-81\" srcset=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/KIF_7622_640_2_2.jpg 640w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/KIF_7622_640_2_2-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/KIF_7622_640_2_2-600x450.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>26.09<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Juste ce retrait de la lumi\u00e8re\n\u00e0 peine hiss\u00e9e sur la fa\u00e7ade\njaune pollen\net bleu intense\nbient\u00f4t r\u00e9fugi\u00e9e sur les toits\nr\u00e9solue \u00e0 se fondre\n\u00e0 dispara\u00eetre\ndans la nuit chaude de septembre\ndans la douceur d\u2019un abandon\nqui gagne au loin la plage\nse r\u00e9pand sur le souffle immense\nbient\u00f4t les vagues plongeront dans l\u2019obscur\nde cet instant\nnul ne parle\nmon aile froiss\u00e9e prend le vent\nhumant les indices fragiles\nde ce ciel d\u2019encre qui avance\ncomme un amant s\u00fbr de son fait\ns\u2019avance vers son rendez-vous\nchaque seconde qui bascule\nme parle plus que de raison\ndans le sablier tout s\u2019inverse\nles grains noirs charrient des lueurs\nje resterai \u00e0 ma fen\u00eatre\n\u00e0 guetter ces retours sans nom.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Souvent tu veux me perdre\net disparais\nmais je te vois encore,\ndans ces feuillages\nque je croise pr\u00e8s des gares,\nbordant les caf\u00e9s anonymes,\nou plant\u00e9s l\u00e0,\naux carrefours,\ndans ces feuillages,\ndans ces mains de feuillages,\nt\u00e9nues,\nvivantes,\nd\u00e9ploy\u00e9es,\nse balan\u00e7ant dans l\u2019invisible,\ns\u2019\u00e9tirant par br\u00e8ves secousses,\njusqu\u2019\u00e0 la finesse des ombres,\njusqu\u2019au bleu impossible de l\u2019\u00e9t\u00e9\ncomme un haussement d\u2019\u00e9paule,\ncomme un sourire d\u00e9pos\u00e9\ndans la mati\u00e8re vagabonde,\namoureuse du vent.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">De l\u2019opacit\u00e9 des racines\nmonte un d\u00e9sir\net c\u2019est d\u00e9j\u00e0 la feuille qui se d\u00e9ploie\nencore \u00e9trangl\u00e9e et lutteuse\ndans son corset gluant\net qui salue son p\u00e8re le ciel\nde ses doigts monstrueux\nqui renferment pourtant la perfection\ndu palmier\ndu vitrail\nla divine inflexion de la courbe\nle rire discret des clochettes\net ces ramilles bleues\nsi fluides\nqui danseront bient\u00f4t dans la lumi\u00e8re.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Cette monture a des jambes d\u2019orgueil\net l\u2019orgueil galope\net secoue sa crini\u00e8re\ndans les flots du soleil.\n\nB\u00eate obstin\u00e9e for\u00e7ant la nuit\njusqu\u2019\u00e0 la trame des pri\u00e8res\ndans le silence paralys\u00e9 des r\u00eaves\ndans les plis de la volupt\u00e9\n\ndans tous ses plis\nses linges amers\nombre qui br\u00fble\ndans nos t\u00e9n\u00e8bres\njamais sa course ne s\u2019arr\u00eate.\n\nC\u2019est une forme vague\npourtant\nqui presse son allure\nla pointe d\u2019une ombre incertaine\nson cou se tend\ngonfl\u00e9 de rumeurs vertes\ncherchant une direction\ndes perles vives\nfaites de larmes\ncoulent sans cesse\ncomme des \u00e9toiles dispers\u00e9es\nle long de ses m\u00e8ches en d\u00e9sordre\nmais on entend\nque son galop.<\/pre>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/DSCN_B_0036_00_640_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-82\" srcset=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/DSCN_B_0036_00_640_2.jpg 640w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/DSCN_B_0036_00_640_2-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/DSCN_B_0036_00_640_2-600x450.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Comment je vais ?\nJe ne sais pas,\nla menthe s\u00e8che et ne sait pas\npourquoi je vais\npour qui\npourquoi ?\n\nEt le soleil au genou clair\nse baigne nu\nen plein hiver\ndans l\u2019eau douteuse des verri\u00e8res.\n\nLe m\u00e9tro file comme un chien\nje ris de le voir d\u00e9taler\net tous mes cheveux volent\nau loin\nderri\u00e8re ce moi qui ne dit rien.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Ce n\u2019\u00e9tait rien qu\u2019un peu de sable\ndes pages raides\nsaisies de vent\n\nla douceur d\u2019un soleil acide\nl\u2019herbe nouvelle\nsourdement\n\net des journaux\naux palissades\nde vieux papiers\nse d\u00e9battant\nsous des rafales de lumi\u00e8re\n\nun terrain vague\net son printemps<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Et puis\nla lumi\u00e8re,\ntrouble,\nind\u00e9cise,\ncapable d\u2019\u00e9blouir toutefois,\nplus peut-\u00eatre\nque le soleil\n\u00e0 son z\u00e9nith,\n\nefficacit\u00e9 des m\u00e9langes,\nombre et lumi\u00e8re sont emm\u00eal\u00e9s,\nm\u00eame trame et m\u00eame texture,\n\nle ciel n\u2019est qu\u2019un\nc\u0153ur noir\nsous une chemise,\nla nuit se r\u00e9pand doucement\nmouillant la toile,\nla toile diurne,\nqui se couche faute de vent.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Grattement sur le zinc\nfer mouill\u00e9,\nagac\u00e9,\npas griff\u00e9s,\nagac\u00e9s,\nroucoul\u00e9s.\n\nLe gel dans la goutti\u00e8re,\nmain de riz\naux pigeons.\n\nLe ciel\njaune et opaque\ntendu d\u2019effort\njette sa peur l\u00e9g\u00e8re\nsur les toits\net les gens.\n\nBlancheur\nglissante\nhuilant la ville.\n\nTableau noir\no\u00f9 le signe\nne s\u2019inscrit pas\nmais coule\net se r\u00e9pand\nmaussade.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Petites s\u0153urs nocturnes\ncolliers de larmes ti\u00e8des\ncoulant sur vos mains nues\nla nuit est de m\u00e9tal\net tranche vos d\u00e9sirs\n\nau pays des tramways\nvos bouches sont l\u00e9g\u00e8res\nvos chagrins roulent droit\nsur vos lignes de vie\n\nle silence alentour\nparfum de rouille morte\nla poutrelle d\u2019acier\nh\u00e9site et se r\u00e9sous\n\nPetites\nvous avez la ros\u00e9e\nune fleur \u00e9tincelle\n\u00e0 donner le vertige\nc\u2019est le diamant boucl\u00e9\nqui brille sur vos seins\nd\u00e9chirez donc la nuit\nde sa pointe ac\u00e9r\u00e9e<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Rescousse\nsoleil attendu\nescale\nles draps sal\u00e9s\nla mer \u00e9tale\n\nfemme oblique\nmouill\u00e9e\nlourde\nde songes verts\n\nbouche tendue\nchair et syllabe\n\ncorail s\u00e9ch\u00e9\nd\u2019un fond de sable\nsaignant aux crochets de lumi\u00e8re<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Bruit fou\nmarelle\neau\nsel\n\u00e9clats\nje cours\ntu bouges\nregarde-moi\nl\u00e2che l\u2019ourlet des pr\u00e9judices\nma robe\nest un filet d\u00e9j\u00e0<\/pre>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/KIF_8831_01_480.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-83\" srcset=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/KIF_8831_01_480.jpg 640w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/KIF_8831_01_480-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/KIF_8831_01_480-600x450.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Glisser dans le sommeil par hasard\ncomme une poign\u00e9e de sable\n\u00e9chapp\u00e9e d'une main distraite\n\nr\u00e9pandre sa pens\u00e9e\nl'\u00e9couler\nincertaine\ndans la bu\u00e9e des r\u00eaves\ny m\u00e9langer les fluides\nlaisser les particules\nbleuir et s'attirer\ndans un jeu de vertige\no\u00f9 la vitesse fr\u00f4le\ndes gestes de lenteur\no\u00f9 sont tir\u00e9es des larmes\no\u00f9 se rouvrent des plaies\nqui vacillent\nen secret\ndans une pi\u00e8ce obscure\no\u00f9 un seul cri de joie\ntranche la nuit\nqui palpite\nouverte\nde tous ses grains ardents\ncomme ce fruit\nde la lointaine Espagne\nqui ruisselle \u00e0 jamais sur nos l\u00e8vres\net apprendre de cette ivresse\nque le plaisir l\u00e9ger nous d\u00e9passe\net jamais ne nous appartient\nqu'il danse quand nous dormons\net r\u00eave quand nous vivons.\nA peine travers\u00e9s\npar le pas des lueurs\net nous fuyons au loin\nde peur\nd'\u00eatre aveugl\u00e9s\npar les traces des songes\nnos ombres imprim\u00e9es\nlanc\u00e9es sur la blancheur\ncomme on jette les d\u00e9s.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Sa joue pos\u00e9e sur la nuit\nelle r\u00eave en fumant,\nla fen\u00eatre n\u2019est pas assez grande\npour le faible \u00e9clat des \u00e9toiles,\nla chaleur importe peu,\nau contraire,\nsa peau est nue,\nofferte \u00e0 la caresse obscure,\n\ntendue vers l\u2019ailleurs\u00a0:\nd\u00e9j\u00e0 d\u00e9tach\u00e9e du bruissement tenace\nde ses pens\u00e9es,\nelle s\u2019\u00e9loigne \u00e0 pleins poumons\nvers le refuge immense du ciel,\nquelque chose d\u00e9j\u00e0 fait route vers ses mains fra\u00eeches,\nle message d\u2019un fin rouleau de pourpre\nreferm\u00e9 comme une paupi\u00e8re\net ce grand manteau de noirceur\nqu\u2019elle attendait pour son repos.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Soudain ce soir\ndans le ciel qui enfle\ndans le ciel enroul\u00e9\njusqu\u2019au coude de l\u2019obscur\ndans les taches d\u2019ombre des mondes inconnus\nflotte et grandit\nla nonchalance d\u2019un gant de pluie.\n\nL\u00e0-bas,\nmarchant\nsur l\u2019illusion brillante\nd\u2019un trottoir\nquelqu\u2019un ne baisse pas la t\u00eate\nsolidaire des r\u00e9gions c\u00e9lestes.\n\nNous nous croisons en grande estime\nnos \u00e2mes se fr\u00f4lent et glissent\ncomme des vagues jumelles\nami, je sais que tu pleures\nmon silence salue ton silence.\n\nL\u00e0-haut, ne sens\u2013tu pas les tuiles\net comme la terre qui nous abrite\nvoudrait s\u2019ouvrir \u00e0 cette eau bienfaisante\nmais reste accroch\u00e9e sur les toits\u00a0?\nSon d\u00e9sir hante nos demeures.\n\nEt voil\u00e0 que la nuit t\u2019\u00e9trille\nses doigts d\u2019ogresse sont glac\u00e9s\ntu cherches dans un royaume humide\nle cri que je pousse du pied.\n\nMais dans l\u2019eau\ndans les traits que font l\u2019eau\nse glisse l\u2019espace des pens\u00e9es\net sous la pluie\nsous les \u00e9cailles de pluie\ngonflent des larmes pures\net le feu de la mer\nvol\u00e9\nvolant\njamais \u00e9teint\ndu plus haut au plus bas\nnous br\u00fble.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">L\u00e0-bas\nil soul\u00e8ve les vagues\nd\u2019un d\u00e9sir \u00e9ternel et changeant\n\nici et maintenant\nberger des spirales du ciel\nil d\u00e9chire la toile immobile\npos\u00e9e au-dessus des maisons\net voici la chair de ton \u00e2me\nqui va glissant\n\ntu longes les rues de ta ville\ntu fuis le manteau de ce fou\nqui vole dans ta gorge vide\navec ce go\u00fbt d\u2019\u00e9cume\nqui neige sur ta bouche\net qui te fait trembler\n\nalors tu cours et tu t\u2019\u00e9coules comme le sable\ndans le gant du soir\nlaissant derri\u00e8re toi dans les ombres rouges\ndes chevaux de mer et des coquilles vides\net tous ces fossiles sans importance\nqui tombent en gr\u00eale l\u00e9g\u00e8re\nsur l\u2019ironie des trottoirs<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">C\u2019\u00e9tait une grande faim de silence\nune grande faim\n\nque cette pesanteur cesse\nque vienne ce l\u00e9ger tremblement\nde l\u2019\u00eatre\ncette lointaine vibration\n\nque ses veines fr\u00e9missent\nles plus fines\nles plus secr\u00e8tes\n\nmais d\u2019abord quitter\nce grand poids\nlaisser glisser\ntoute douleur\nlaisser le feu\nbr\u00fbler ses plaies\nlaisser le feu\nbr\u00fbler la cendre\ndans le tourbillon\ndes pens\u00e9es\n\nrester tranquille\nenfin\nne pas bouger\ncomme un cheval\n\u00e0 qui l\u2019on \u00f4te\nune \u00e0 une\nles pi\u00e8ces de sa soumission\ncomme lui rester impassible\nsavourer ce nouvel \u00e9tat\nen savourer chaque seconde\net s\u2019\u00e9loigner \u00e0 petits trot\n\u00e0 longues foul\u00e9es d\u00e9sinvoltes\nlaisser dans l\u2019oubli\nson fardeau.<\/pre>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/IMG2013011600135.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-84\" srcset=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/IMG2013011600135.jpg 640w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/IMG2013011600135-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/IMG2013011600135-600x450.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Ce corps\no\u00f9 tu t\u2019engageais toute\ngonflant ta voile\nn\u2019est plus\n\u00e0 la place demeure une pens\u00e9e\nla m\u00eame depuis l\u2019enfance\net peut-\u00eatre au-del\u00e0\n\net tant de vagues\nd\u00e9j\u00e0 se sont crois\u00e9es\ntant de vagues\net tant de murmures\nque tu dois perdre pour\ngagner\n\ntes yeux\ntes filets\nte ram\u00e8nent\nchaque jour\nle n\u00e9cessaire\nce presque rien\nqui te fait vivre\nvoil\u00e0 ton bien\net ta richesse\net toi seule d\u00e9m\u00eale les fils\n\nton repos est dans l\u2019air qui tremble\ndans un appel, un bruissement\ndans une empreinte de colombe,\ndans les grands arbres sous le vent\n\ntu prends le pouls de la lumi\u00e8re\nau chevet de l\u2019aube\ntu pries\ntu verses l\u2019encre de la nuit<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>NUAGES<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Hier,\nmalgr\u00e9 la pluie glaciale\ndemeurait\n\u00e0 l\u2019arri\u00e8re d\u2019un couvercle gris,\ndes ch\u00e2teaux boursoufl\u00e9s,\nextravagants,\nouverts,\n\u00e0 l\u2019adresse de ceux qui l\u00e8veraient la t\u00eate.\nils auraient l\u00e0 leur r\u00e9compense,\ngeste d\u2019hommage \u00e0 leur orgueil,\n\u00e0 leur manteau de plaies ouvertes\ntra\u00eenant superbe derri\u00e8re eux.\nRefuge immense\nvagues si lourdes,\npourtant l\u00e9g\u00e8res\nd\u00e9rivant \u00e0 l\u2019ombre des jours,\non \u00e9crit des royaumes instables\npour tous ceux qui fixent le ciel.\nHommes debout\nregard aigu de javelot,\njet\u00e9 au centre des grisailles\nlanc\u00e9 dans les couches moelleuses\nles plis glissants des forteresses\nsuites de restes,\ncouleurs \u00e9parses\ndisparaissant\nsous la paupi\u00e8re\ndans l\u2019\u0153il immense de la nuit.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Corbi\u00e8res<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Quel \u00e9trange ciel vivant o\u00f9 stagnent parfois\ninfusant leurs r\u00eaves\nde sournoises \u00e9nergies blanches\u00a0!\nBrumes et enchantements\nqui subjuguent l\u2019esprit\net tirent les membres jusqu\u2019\u00e0 l\u2019inerte.\nSoudain ce m\u00eame ciel vous enl\u00e8ve\net vous jette d\u2019un coup d\u2019archet\nsur la croupe d\u2019un vent agile\nqui vous entra\u00eene dans sa turbulence liquide,\nbouillonnante,\no\u00f9 sont lanc\u00e9es les couleurs\ncomme sur la palette d\u2019un peintre impatient.\nEt vous voil\u00e0 captif d\u2019un vertige,\ncomme un papillon \u00e9pingl\u00e9,\nimmobile et nerveux\ncomme ces masses vertes mordant le rouge\nde mondes froiss\u00e9s.\nPages d\u2019un livre immense qui tourne,\nde fins vaisseaux cinglent sur l\u2019arc des nuages.\nLes flancs de la lumi\u00e8re ressemblent\n\u00e0 des traces essuy\u00e9es,\n\u00e0 des baisers humides et hasardeux.\nQuelque chose au bord de vos yeux\ncherche cette transparence.\nEt vous levez encore la t\u00eate\nvers la piste des anges,\npour sentir leurs sourires secou\u00e9s sur vous\ncomme une pluie d\u2019automne,\nample douceur dans la gravit\u00e9\nd\u2019un temps qui s\u2019ach\u00e8ve.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>Printemps<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Le front d\u2019un lys\nperce la terre\nla force de ses cheveux tendres\ncasse les mottes dess\u00e9ch\u00e9es\nun rayon vert est son effort\net sa naissance devin\u00e9e.\nC\u2019est mon printemps\nun printemps dur\nle temps qui me reste est compt\u00e9\nje nais caillou\ncousu de givre\net n\u2019ob\u00e9is qu\u2019\u00e0 la lumi\u00e8re\npartout ailleurs trop de grimaces\nla pluie divine est un message\nses perles fondent \u00e0 mes paupi\u00e8res\nje veux sourire\nsurtout sourire\nle soleil nu dans le foss\u00e9\njuste un instant\nun bref instant\nd\u00e9place le ciel \u00e9br\u00e9ch\u00e9<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<p>En train<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Ma terre glisse\ntire mes yeux,\nma terre,\nma d\u00e9sir\u00e9e,\ns\u2019\u00e9loigne,\nelle file,\nverte de vignes,\nverte d\u2019\u00e9pines,\nrouge d\u2019argile et de cailloux,\nelle file et passe,\nlaissant les flambeaux des cypr\u00e8s\nhapper mes ombres,\nleurs flammes s\u00e8ches\nme rappeler mes vrais tourments,\nj\u2019ai tant besoin de leur rigueur,\nmais ils passent,\nils appareillent\ndans les fastes d\u2019un ciel vivant,\nme laissant \u00e0 mon vertige,\n\u00e9blouie,\nje cherche leur odeur\ncomme le ventre d\u2019une \u00e2me \u00e9parse,\nla vitesse me trahit,\nelle m\u2019emporte,\ndans ce train clos,\nce sarcophage,\no\u00f9 j\u2019\u00e9touffe,\no\u00f9 j\u2019enrage de m\u2019\u00e9loigner\nvers des terres fades,\nqui ne me griffent pas au visage,\nqui ne me cinglent pas de leur beaut\u00e9 ardente,\no\u00f9 le vent ne me d\u00e9pouille pas de l\u2019inutile,\no\u00f9 le vent est un jardin entretenu,\nun animal de compagnie,\nmais jamais une licorne,\nun cheval audacieux,\nun fr\u00e8re en solitude,\net qui jamais ne fait venir\ncomme une eau bienfaisante,\nl\u2019abandon des pri\u00e8res,\nles larmes douces,\nle fluide amer des po\u00e8mes.<\/pre>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/0Fentre_00_099__2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-85\" srcset=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/0Fentre_00_099__2.jpg 640w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/0Fentre_00_099__2-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/0Fentre_00_099__2-600x450.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Toi qui dormais sur ma cambrure,\n\u00f4 toi mon \u00e2me,\nsouviens toi,\nnous marchions dans les rues de cette ville du sud,\ntu t\u2019\u00e9tirais souveraine dans l\u2019exc\u00e8s de mes talons\nbalan\u00e7ant avec moi l\u2019\u00e9quipage\ndes hanches et de la taille\net nous allions ensemble\ndans l\u2019ivresse du sel qui pendait des balcons.\n\nLa mer \u00e9tait l\u00e0,\ndans les voiles du linge,\nblanche et molle de nostalgie,\ndans un r\u00eave immobile\nqui gonflait de rumeurs,\net puis elle s\u2019enroulait aux \u00e9pingles du ciel,\nsur le grand horizon\nelle tordait ses clameurs\net sa col\u00e8re humide nous poursuivait dans les ruelles.\n\nTu m\u2019entra\u00eenais,\nchevauchant ma vigueur,\nmes jambes dures\ndans leurs gousses de soie.\nTu \u00e9tais la musique sortie des pierres,\nles cris rauques des hommes et leurs murmures,\ntu \u00e9tais le tourment qui me faisait tenir si droite.\n\nComme en dansant,\nj\u2019allais vers des musiques incertaines,\nn\u2019accrochant rien,\nprisonni\u00e8re d\u2019une main d\u2019\u00e9cume\nqui tirait mes cheveux,\nd\u2019un souffle qui savait mon nom.\n\nLa nuit pos\u00e9e,\nsi transparente,\nles \u00e9toiles menues commen\u00e7aient \u00e0 parler,\nd\u2019une impasse\nun vieux mur,\ndu fond de ses t\u00e9n\u00e8bres ardentes,\njeta sur nous un filet de piments,\nle vert \u00e0 l\u2019orange attach\u00e9\ncapturant tout.\n\nLe vent,\ndans le silence,\ndans les mailles luisantes\nsoulevait la couleur,\nla beaut\u00e9 comestible\ndes flammes ruisselantes\nqui bougeaient sur ce mur\net nous faisait trembler.\n\n<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Longtemps,\nj\u2019ai guett\u00e9 au bord des vignes,\nfoulant la terre lumineuse,\no\u00f9 dormaient des morceaux de cuivre,\n\u00e9clairant le ciel en attente\n\nun vent glac\u00e9,\nlimpide,\nde transparence extr\u00eame,\nmordait ma solitude,\n\nalors,\nj\u2019aimais l\u2019iris dress\u00e9\nle vainqueur insolent\nd\u2019un dur berceau de givre\n\nalors\nj\u2019esp\u00e9rais que voltigent\nd\u2019arbre en arbre,\ncomme en r\u00eave,\ndes signes brefs,\nblancheurs lointaines,\nmousseux appels,\ncailloux suaves\njet\u00e9s aux branches\n\nalors,\ndans le bouillonnement rapide des nuages,\nje cherchais des morceaux \u00e9br\u00e9ch\u00e9s et vivants,\nqui s\u2019entrouvraient,\nse refermaient,\nsur des flots souples et fugitifs,\nversant de l\u2019or sur ces chemins,\ngard\u00e9s par les cypr\u00e8s arides,\n\naujourd\u2019hui,\npench\u00e9e sur la terre rouge,\nun amandier en plein c\u0153ur,\nje bois le ti\u00e8de soleil de l\u2019hiver,\ns\u00e8ve douce,\npoisseuse esp\u00e9rance\navant les spasmes du printemps,\net j\u2019offre mes yeux\n\u00e0 la brume qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve,\naux fluides palpitations,\nje suis entre le ciel et l\u2019ocre,\nle vent me fait fr\u00e9mir,\net je danse invisible dans un jardin\nm\u2019\u00e9levant dans la fum\u00e9e qui br\u00fble\nquelques herbes.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\"><\/pre>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Derri\u00e8re le toit,\nd\u00e9passant \u00e0 peine,\ndes bras de feuillages agit\u00e9s\net toujours cet appel,\nau bout de la gare suspendue,\nla masse confuse des arbres\ntravaill\u00e9s par le vent.\n\nJ\u2019avance dans la solitude des mirages\ntra\u00e7ant ma route\njusqu\u2019\u00e0 cette lumi\u00e8re grise,\nincertaine\nqui appuie sa douceur\nau-dessus du fracas,\nsa couronne flottante\ncherche un roi,\nun enfant, un vieillard\nperdu dans le tumulte.\n\nJe cherche en vain la danse,\nle bruissement infime\ndes feuilles prisonni\u00e8res,\n\u00e0 jamais invisibles,\nplus cach\u00e9es que l\u2019\u00e9corce\nsous le gris de l\u2019hiver,\nplus effac\u00e9es qu\u2019un signe\nsur le flanc d\u2019un lointain,\n\nparce que je me souviens\ndes lents balancements\nde l\u2019ombre en fleur,\nl\u2019\u00e9t\u00e9\nqui me faisait cort\u00e8ge,\ndes ciels pensifs,\ngriff\u00e9s\nsans fin de lignes noires\nqui se m\u00ealaient au givre,\ndes bourgeons de l\u2019enfance\n\u00e9clatant \u00e0 leur tour\nplus gros que des chagrins,\nje cherche mon asile\nle simple v\u00e9hicule\nd\u2019une page o\u00f9 rester,\nune b\u00fbche immobile\nau cuivre qui s\u2019\u00e9lance\net d\u00e9ploie ses nageoires\ndans l\u2019eau de mes pens\u00e9es.\n\n<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Pour t\u2019aimer sans t\u2019aimer\nje marche\nsur des clous de velours\nmon pas est plus l\u00e9ger\nqu\u2019un souffle retenu\n\nblessure transparente\ndess\u00e9ch\u00e9e par le vent\nle silence s\u2019\u00e9coule de mille plaies ouvertes\n\nune louve appara\u00eet\nflairant ce sang amer\nj\u2019admire ses yeux jaunes\nsa f\u00e9roce bont\u00e9\nplonge dans ma raison\n\nelle voit mes pieds meurtris\npos\u00e9s sur un frisson\nmes pieds blancs et intacts\nchauss\u00e9s par la douleur\nqui ne peuvent s\u2019enfuir\nqui ne peuvent courir\net me montre la route\nla route qui est mienne\nd\u2019\u00e9pines et de cailloux\net que je dois rejoindre\npour t\u2019aimer sans t\u2019aimer<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Les 100 chiots de ma m\u00e9moire\njappent et bondissent,\nleurs griffes neuves trouent ma vie.\n\nDes places et des jardins s\u2019\u00e9l\u00e8vent\nemportant les visages aim\u00e9s,\nl\u2019invisible fum\u00e9e entra\u00eene\nle flot d\u00e9v\u00eatu des pens\u00e9es?\n\nEt ce navire par o\u00f9 va-t-il&nbsp;?\nses traits de blancheur sur l\u2019\u00e9cume\nsoul\u00e8vent des commencements\nmais au ralenti tout s\u2019efface\nla lumi\u00e8re fait un geste vague\non ne distingue plus le port\nni l\u2019arriv\u00e9e\nni le d\u00e9part\nle silence est une vitesse\nque chaque mot pourrait briser\nla coque roule\nroule muette\navance sur son bois l\u00e9ger\non m\u2019a fait pr\u00e9sent de r\u00e9cifs\nde pointes vives qui fascinent\nque le regard peut aiguiser\nil me faut naviguer chaque heure\nc\u2019est un effort\nune exigence\nsurtout ne pas se retourner\ndans mon dos des statues de sel\nrestent fig\u00e9es\nde faibles douleurs allong\u00e9es\npourraient rena\u00eetre et m\u2019emporter.\nPourtant des fleurs\nsimples et robustes\nm\u2019assurent qu\u2019il n\u2019y a nul danger\n\u00e9clatantes dans le malheur\ndans le ventre du temps pass\u00e9\nleurs voix criardes sont des soleils\no\u00f9 je voudrais me r\u00e9chauffer\nsimple frisson\nbr\u00fblant d\u2019\u00e9t\u00e9\npos\u00e9 sur la cime des heures\nou dans un linge velout\u00e9&nbsp;\ndu grain humide\nde la lune\nm\u2019envelopper\ndans les t\u00e9n\u00e8bres et la lenteur&nbsp;\ntout oublier<\/pre>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/plage.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-86\" srcset=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/plage.jpg 640w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/plage-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/plage-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/plage-600x600.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Avant<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">C\u2019\u00e9tait il y a longtemps\ntrois lunes ornaient le front du ciel\nla terre ouverte respirait\nde l\u2019\u0153uf sortait le l\u00e9zard \u00e0 six gemmes brillant comme la nuit.\nDe l\u2019\u0153uf sortait la neige primordiale\nle gel immacul\u00e9 fleurant bon le caprice.\nDes poches bleues du matin naissait tout ce qui tourne et gire\nl\u2019esprit des feuilles et l\u2019air de feu.\n\nNous marchions nus et souples sous nos lunes\nces ballons des marais&nbsp;\nque nous brisions du pied.\n\nClart\u00e9 multiple\nlagune riche de sel\nnous allions comme vont les chevaux sauvages\ntalonn\u00e9s par l\u2019\u00e9cume.\n\nSans fin les vagues assi\u00e9geaient nos chevilles\nsans fin les vagues travaillaient le silence\nle fracassant par jets de sable\nle dilatant aux limites du monde\ndepuis les profondes t\u00e9n\u00e8bres\njusqu\u2019au prisme \u00e9clat\u00e9 d\u2019une aube juteuse\nglissant entre nos doigts.\n\nDevant nous l\u2019oc\u00e9an mettait des couronnes\ntourbillons, algues scintillantes\npoudres d\u2019or dans l\u2019eau noire\ncomme autant d\u2019\u00e9toiles marines&nbsp;\nqu\u2019au ciel\nde lumi\u00e8res tournoyantes.\n\n\nNous \u00e9tions libres\nv\u00eatus de nos cheveux lustr\u00e9s comme les plumes\ndes oiseaux p\u00eacheurs\nassoiff\u00e9s de marches et de sources offertes\nnous avancions dans le d\u00e9ploiement de nos feux sur la plage\ngrandes roues\npanache de gaiet\u00e9 violente\nfaim d la chair noircissant sur la braise\ncoquillages laiss\u00e9s comme des offrandes pr\u00e8s&nbsp;\ndu bois calcin\u00e9.\n\n\nEt nous marchions toujours\nd\u2019autres naissaient en route\nfils du ressac, n\u00e9s de la m\u00eame vague\ncon\u00e7us dans un m\u00eame souffle\nils buvaient un lait d\u2019amertume\net leur p\u00e8re le soleil\nles voyant accroch\u00e9s au dos des guerriers\ndans un panier de jonc\nles br\u00fblait de ses ailes f\u00e9condes\net bient\u00f4t ils s\u2019\u00e9chappaient comme un fin gravier\ncomme des poissons hors de leur nasse.\n\nIls nous rejoignaient\nnageant et marchant pr\u00e8s du ventre de leur m\u00e8re\nsuivant la caravane immense\ngrains de sable odorants sur la peau du monde\nleurs rires \u00e9taient notre musique\net nous marchions toujours.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Nue sans toi,\nvuln\u00e9rable,\nje croyais tout conna\u00eetre\nmais je m\u2019enfon\u00e7ais jusqu\u2019aux genoux\ndans le varech du ciel\nremuant mes joies,\nj\u2019habitais dans les flammes de ch\u00e2teaux \u00e9blouis\nmais je n\u2019avais pas de demeure\net le bleu m\u2019\u00e9tait interdit.\nJe me glissais au cr\u00e9puscule\ndans le cort\u00e8ge des nuages,\nprogressant au hasard des couleurs\nde leurs traces liquides,\n\u00e9ventails d\u00e9ploy\u00e9s\nqui m\u2019entra\u00eenaient sans fin\njusqu\u2019au plateau d\u2019un th\u00e9\u00e2tre immobile\nqui sombrait lentement\ntel un ancien navire\nlaissant choir ses r\u00e9pliques,\nainsi se perdaient de nobles trag\u00e9dies.\nMais la noirceur,\nsi nonchalante,\ngagn\u00e9e par un poin\u00e7on de lune\net la piq\u00fbre brillante d\u2019une \u00e9toile\n\u00e9tait ma d\u00e9livrance.\nComme un plongeur\nje quittais ces r\u00e9gions c\u00e9lestes\npour me perdre en moi-m\u00eame\net go\u00fbter \u00e0 l\u2019oubli.\nMais chaque jour ma nudit\u00e9 m\u2019apparaissait plus s\u00fbre,\naucune main de terre ne venait me couvrir.\nLa pesanteur se vivait au-dessus,\nle silence \u00e9tait mon habitude\nles nuages glissaient,\nloin de mon centre\net de tes vagues\n\nj\u2019attendais.<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Glisser dans le sommeil par hasard\nComme une poign\u00e9e de sable\n\u00e9chapp\u00e9e d\u2019une main distraite\n\n\nr\u00e9pandre sa pens\u00e9e\nl\u2019\u00e9couler\nincertaine\ndans la bu\u00e9e des r\u00eaves\ny m\u00e9langer les fluides\nlaisser les particules\nbleuir et s\u2019attirer\ndans un jeu de vertige\no\u00f9 la vitesse fr\u00f4le\ndes gestes de lenteur\no\u00f9 sont tir\u00e9es des larmes\no\u00f9 se rouvrent des plaies\nqui vacillent\nen secret\ndans une pi\u00e8ce obscure\no\u00f9 un seul cri de joie\ntranche la nuit\nqui palpite\nouverte\nde tous ses grains ardents\ncomme ce fruit de la lointaine Espagne\nqui ruisselle \u00e0 jamais sur nos l\u00e8vres\net apprendre de cette ivresse\nque le plaisir l\u00e9ger nous d\u00e9passe\net jamais ne nous appartient\nqu\u2019il danse quand nous dormons\net r\u00eave quand nous vivons.\nA peine travers\u00e9s par le pas des lueurs\nemportant la beaut\u00e9\net nous fuyons au loin\nde peur\nd\u2019\u00eatre aveugl\u00e9s\npar la trace des songes\nnos ombres imprim\u00e9es\nlanc\u00e9es sur la blancheur\ncomme on jette les d\u00e9s<\/pre>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Le vent\nsi vert\net sid\u00e9ral\nd\u2019outre les nuages froiss\u00e9s\nm\u2019emportera dans son Oural\no\u00f9 la Grande Ourse\nest un cheval\ncheval de bois\nqui se voit mal<\/pre>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/IMG20130116001404_1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-87\" srcset=\"https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/IMG20130116001404_1.jpg 640w, https:\/\/www.locus-solus.org\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/IMG20130116001404_1-300x225.jpg 300w, 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